Droit du travail

Heures supplémentaires : le cadre légal, de l’autorisation au bulletin

16 septembre 2026

Un client passe une commande urgente de 50 000 cartons, à livrer dans dix jours. Le chef de production propose de faire tourner l’usine jusqu’à 22 heures et le samedi. La question n’est pas seulement de savoir combien cela coûtera : faut-il une autorisation, jusqu’où peut-on aller, et comment le prouver sur les bulletins ?

Notre fil rouge fictif : Kita Emballages, fabricant de cartons à Bamako, 75 salariés, horaire collectif de 40 heures par semaine.

1. De quoi parle-t-on exactement ?

Une heure supplémentaire est une heure de travail effectuée au-delà de la durée légale de 40 heures par semaine. Code du travail, article L.131 Dans les entreprises agricoles, la durée légale est de 48 heures par semaine au plus (article L.138).

La majoration compense la fatigue et la contrainte d’un temps de travail allongé. Mais toute heure au-delà de 40 n’est pas forcément majorée.

Mécanisme Effet sur la rémunération
Équivalence (gardiennage, commerce, hôtellerie…) Une durée de présence plus longue équivaut à 40 heures de travail effectif (article L.136)
Récupération d’heures perdues (panne, intempéries) Payée au tarif normal (article L.134)
Prolongation pour travaux préparatoires ou complémentaires Payée au tarif normal (article L.135)
Heure supplémentaire Majorée selon les taux légaux ou conventionnels

Une heure au-delà de 40 n’est pas toujours une heure supplémentaire. Une heure supplémentaire est toujours majorée.

2. Les taux de majoration

À défaut de convention collective ou d’accord d’entreprise ou d’établissement, les majorations minimales sont les suivantes. Elles s’appliquent au salaire réel global qui rémunère l’exécution du travail. Code du travail, article L.137

Jour Moment et rang de l’heure Majoration
Jour ouvrable De jour, de la 41e à la 48e heure incluse 10 %
Jour ouvrable De jour, au-delà de la 48e heure 25 %
Jour ouvrable De nuit 50 %
Jour non ouvrable De jour 50 %
Jour non ouvrable De nuit 100 %

Le travail de nuit est celui effectué entre 21 heures et 5 heures. Code du travail, article L.141 Les jours non ouvrables comprennent le jour de repos hebdomadaire et les jours fériés. Voir Jours fériés.

L’erreur la plus fréquente

Paramétrer la paie sur les taux du Code alors qu’une convention collective ou un accord d’établissement fixe des taux supérieurs. Les taux du Code ne jouent qu’à défaut de texte conventionnel. Vérifiez dans l’ordre : l’accord d’établissement, la convention collective, puis le Code.

Ce que vous devez faire

  • Identifier la convention collective applicable et ses taux de majoration.
  • Paramétrer la paie avec ces taux, et le Code seulement à défaut.

3. Autorisations et plafonds

L’arrêté n°1566/MEFPT-SG du 7 octobre 1996 fixe les conditions dans lesquelles les heures supplémentaires peuvent être effectuées.

Motif Limite
Travaux urgents (accident, sauvetage, perte imminente d’un produit) 2 heures par jour au plus
Travaux urgents et exceptionnels (surcroît extraordinaire) 75 heures par an au plus
Maintenir ou accroître la production 18 heures par semaine au plus, sur autorisation de l’inspecteur du travail, pour 3 mois renouvelables
Circonstances exceptionnelles Dépassement autorisé par l’inspecteur, sans jamais dépasser 60 heures de travail par semaine

En cas de chômage prolongé dans une branche, l’inspecteur peut suspendre le recours aux heures supplémentaires pour favoriser l’embauche. Chez Kita Emballages, la direction demande l’autorisation avant de lancer les équipes du soir.

La limite absolue : le repos hebdomadaire

Le repos hebdomadaire est obligatoire, de 24 heures au minimum, en principe le dimanche. Il ne peut en aucun cas être remplacé par une indemnité. Code du travail, article L.142 Seuls les établissements dont l’activité ne peut s’arrêter sans inconvénient grave peuvent donner ce repos par roulement un autre jour (article L.143).

Ce que vous devez faire

  • Demander l’autorisation de l’inspecteur avant tout programme d’heures supplémentaires de production.
  • Planifier le repos de 24 heures de chaque salarié avant d’organiser le travail du week-end.

4. Forfait et primes : ce qui ne remplace pas la majoration

Le paiement forfaitaire des heures supplémentaires n’est valable que s’il assure au salarié une rémunération au moins égale à celle légalement due. Code du travail, article L.139 Un forfait ne dispense donc jamais du décompte réel des heures.

De même, une « prime de rendement » ou une « prime d’assiduité » ne vaut pas paiement des heures supplémentaires. Le bulletin de paie doit faire apparaître les heures supplémentaires parmi les éléments de la rémunération brute (article L.105).

Ce que coûte un oubli de majoration

Le salarié peut réclamer les majorations impayées pendant trois ans. Code du travail, article L.118

Exemple. Chez Kita Emballages, 40 opérateurs payés 1 200 FCFA de l’heure font chacun 16 heures par mois de la 41e à la 48e heure, payées sans majoration.

Majoration manquante par salarié et par mois : 16 × 1 200 × 10 % = 1 920 FCFA
Sur trois ans : 1 920 × 36 = 69 120 FCFA par salarié
Pour 40 salariés : 69 120 × 40 = 2 764 800 FCFA de rappel

S’y ajoutent les amendes pénales : 5 000 à 18 000 FCFA, et 15 000 à 50 000 FCFA en cas de récidive, pour les infractions aux règles sur la durée du travail et les heures supplémentaires (article L.325), appliquées autant de fois qu’il y a d’infractions (article L.335).

5. Ce qu’il faut vérifier chaque mois

  • Les heures sont-elles décomptées par salarié, avec les horaires de début et de fin ?
  • Le découpage est-il juste : rang de l’heure, jour ou nuit, jour ouvrable ou non ?
  • Les taux appliqués sont-ils ceux de la convention collective, s’il en existe une ?
  • L’autorisation de l’inspecteur couvre-t-elle la période et le volume d’heures ?
  • Chaque salarié a-t-il bénéficié de ses 24 heures de repos hebdomadaire ?
  • Le bulletin détaille-t-il les heures et les taux ?

Pour la méthode de calcul pas à pas, voir Heures supplémentaires : calcul manuel. Pour l’organisation des horaires, voir Horaires de travail.

Précision sur le sujet : le secteur agricole

Dans les exploitations agricoles, la durée du travail est fixée à 2 352 heures par an. L’arrêté n°1566/MEFPT-SG la répartit par saison : 42 heures par semaine de mars à juin, 46 heures de juillet à octobre, 48 heures de novembre à février. Au-delà de 48 heures, les majorations minimales sont de 10 % de jour et 50 % de nuit ; les jours de repos et fériés, 50 % de jour et 100 % de nuit (article L.138).

L’essentiel en 6 points

  1. Majorer toute heure effectuée au-delà de 40 heures par semaine, hors équivalences, récupérations et prolongations.
  2. Appliquer les taux de la convention collective, et ceux du Code seulement à défaut.
  3. Obtenir l’autorisation de l’inspecteur pour les heures de production, dans la limite de 18 heures par semaine.
  4. Ne jamais toucher aux 24 heures de repos hebdomadaire.
  5. Ne jamais remplacer la majoration par une prime ou un forfait inférieur.
  6. Détailler les heures et les taux sur chaque bulletin.