Droit du travail

Licenciement du personnel: Procédures

22 septembre 2026

Un lundi matin, dans une société de transport de Bamako. Le chef d'agence convoque un chauffeur pris trois fois en retard de livraison, lui annonce son renvoi de vive voix et lui demande de rendre les clés. Le motif est peut-être solide. Mais sans lettre, sans motif écrit, sans information de l'inspection du travail, l'entreprise vient de transformer un licenciement défendable en dossier perdant.

1. De quoi parle-t-on exactement ?

Au Mali, rompre un contrat à durée indéterminée (CDI) obéit à deux séries de règles. Le fond : le licenciement doit reposer sur un motif légitime. La forme : il doit être notifié par écrit, avec son motif, et signalé à l'inspecteur du travail. Chaque manquement a son propre prix, et ces prix s'additionnent.

Un bon motif ne sauve pas une mauvaise procédure. Une bonne procédure ne sauve pas un mauvais motif.

2. Les trois gestes obligatoires

Écrire, et motiver

La rupture d'un CDI passe par un préavis notifié par écrit, qui indique le motif (Code du travail, article L.41). L'employeur doit pouvoir prouver cette notification ; le préavis court à compter de sa remise (article L.43).

Informer l'inspecteur du travail

Tout employeur qui licencie informe l'inspecteur du travail du ressort par lettre recommandée, en indiquant le salarié, l'employeur et le motif (Code du travail, article L.40). L'inspecteur dispose de quinze jours pour émettre un avis. Si le salarié conteste, son recours devant le tribunal du travail suspend la décision de l'employeur.

Respecter la durée du préavis

À défaut de convention collective, le préavis dure 8 jours pour le personnel payé à la journée ou à la semaine, 1 mois pour le personnel payé au mois, 2 mois pour les agents de maîtrise, 3 mois pour les cadres (article L.41). Seule la faute lourde permet de s'en dispenser, sous le contrôle du juge.

L'erreur la plus fréquente

Beaucoup de procédures internes recopient le modèle français : convocation à un entretien préalable, délai de cinq jours ouvrables, lettre envoyée au moins deux jours après. Le Code du travail malien n'impose pas cet entretien. Ce qu'il impose, c'est l'écrit motivé et l'information de l'inspecteur. Vérifiez toutefois votre convention collective, qui peut ajouter des étapes.

3. Quatre sommes différentes, qui ne se confondent pas

Le salarié licencié peut réclamer plusieurs indemnités à la fois. Le Code précise que les dommages-intérêts ne se confondent ni avec l'indemnité de préavis ni avec l'indemnité de licenciement (Code du travail, article L.51).

SommeCe qui la déclencheMontant
Indemnité compensatrice de préavisPréavis non respectéSalaire et avantages de la période non exécutée
Indemnité de licenciementAu moins un an d'ancienneté, hors faute lourde20 %, 25 % ou 30 % du salaire moyen par année
Indemnité pour irrégularité de formeMotif légitime, mais pas d'écrit ou pas de motifAu plus un mois de salaire brut
Dommages-intérêts pour rupture abusiveMotif absent, inexact ou illiciteFixés par le juge selon le préjudice

L'indemnité de procédure proprement dite

Quand le licenciement est justifié sur le fond mais notifié sans écrit ou sans motif, le tribunal doit accorder une indemnité qui ne peut dépasser un mois de salaire brut (Code du travail, article L.52). Le mot « doit » compte : le juge n'a pas le choix de l'accorder, seulement d'en fixer le montant.

L'irrégularité de forme coûte au plus un mois. L'absence de motif peut coûter des années.

4. Le calcul posé sur un cas réel

Exemple. Un chauffeur payé au mois gagne en moyenne 400 000 FCFA brut sur les douze derniers mois. Il a six ans d'ancienneté. Il est renvoyé oralement, sans préavis ni lettre, pour des retards que l'employeur peut prouver.

Indemnité de licenciement (article L.53) :

  • Années 1 à 5 : 400 000 × 20 % × 5 = 400 000 FCFA
  • Année 6 : 400 000 × 25 % × 1 = 100 000 FCFA
  • Total : 500 000 FCFA

Indemnité compensatrice de préavis (article L.42) : un mois, soit 400 000 FCFA.

Indemnité pour irrégularité de forme : jusqu'à 400 000 FCFA.

Exposition totale : jusqu'à 1 300 000 FCFA, alors que le motif était réel. Si le juge estime en plus que les retards ne justifiaient pas un licenciement, s'ajoutent des dommages-intérêts pour rupture abusive, fixés selon l'ancienneté, l'âge et le préjudice.

5. Précision sur le sujet : les procédures qui ne tolèrent aucune approximation

Le licenciement économique

L'employeur consulte les délégués du personnel, établit l'ordre des licenciements (départs volontaires, aptitude professionnelle, charge de famille), transmet la liste et le procès-verbal à l'inspecteur (Code du travail, article L.48). L'arrêté n°2024-4363 du 27 décembre 2024 a précisé ces critères. Le non-respect de ces formalités entraîne l'indemnité de l'article L.52 (arrêté n°96-1566 du 7 octobre 1996, article A.48.3). Le salarié touche en outre une indemnité spéciale d'un mois de salaire brut.

Le délégué du personnel

Licencier un délégué, titulaire ou suppléant, exige l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail. Sans elle, le licenciement est nul et le délégué est réintégré (Code du travail, article L.277). Ici, la sanction n'est pas une indemnité : c'est le retour du salarié.

Pour un délégué, la procédure n'est pas une formalité. Elle est la condition du licenciement.

6. La démission n'échappe pas à la forme

Le salarié qui démissionne notifie sa décision par écrit. L'employeur ne peut pas présumer une démission (Code du travail, article L.40). Un salarié absent qui « ne revient plus » n'a pas démissionné : si l'employeur le raye des effectifs sans procédure, il le licencie, avec toutes les conséquences décrites plus haut.

L'essentiel en 6 points

  • Tout licenciement d'un CDI se notifie par écrit, avec le motif.
  • L'inspecteur du travail est informé par lettre recommandée ; il a quinze jours pour donner un avis.
  • Le Code malien n'impose pas l'entretien préalable du droit français ; il impose l'écrit motivé.
  • Un licenciement justifié mais irrégulier en la forme coûte jusqu'à un mois de salaire brut, en plus du préavis et de l'indemnité de licenciement.
  • Un licenciement sans motif légitime ouvre droit à des dommages-intérêts fixés par le juge, cumulables avec les autres indemnités.
  • Pour un délégué du personnel, l'absence d'autorisation de l'inspecteur rend le licenciement nul.