Droit du travail

Heures supplémentaires : la base, le seuil, le taux

16 septembre 2026

Fin de mois dans une usine d’embouteillage : le service paie doit chiffrer les heures faites pendant la semaine de fête, dont deux heures un jour férié. Le comptable divise le salaire de base par 173,33, applique 10 % partout et clôt la paie. Trois erreurs possibles en une ligne : la mauvaise base, le mauvais seuil, le mauvais taux.

Notre fil rouge fictif : Bani Boissons, embouteilleur d’eau et de jus à Mopti, 45 salariés, sans accord d’établissement.

1. De quoi parle-t-on exactement ?

Le calcul repose sur trois éléments, à déterminer séparément :

Élément Question à se poser
La base horaire Quelle rémunération, divisée par combien d’heures ?
Le seuil À partir de quelle heure la majoration est-elle due ?
Le taux Quelle majoration, selon le rang de l’heure, le moment et le jour ?

Une bonne base, un bon seuil, un bon taux. Une erreur sur l’un fausse tout le calcul.

2. La base horaire

Le Code applique la majoration au salaire réel global qui rémunère l’exécution du travail. Code du travail, article L.137 La base n’est donc pas forcément le seul salaire de base : les éléments qui rémunèrent le travail lui-même, comme une prime de rendement, y entrent. Les remboursements de frais n’y entrent pas.

Pour un temps plein, la durée mensuelle de référence est de 173,33 heures, soit la durée légale annualisée :

173,33 = (40 heures × 52 semaines) ÷ 12 mois
Salaire horaire = salaire réel global mensuel ÷ 173,33

Exemple. Un opérateur de Bani Boissons perçoit 120 000 FCFA de salaire de base et 10 000 FCFA de prime de rendement.

Salaire réel global : 120 000 + 10 000 = 130 000 FCFA
Salaire horaire : 130 000 ÷ 173,33 = 750 FCFA (arrondi)

L’erreur la plus fréquente

Diviser le seul salaire de base catégoriel. Si la prime de rendement rémunère le travail, l’oublier sous-évalue chaque heure. Vérifiez aussi ce que votre convention collective prévoit sur la base de calcul.

3. Le seuil de déclenchement

La durée légale est de 40 heures par semaine (article L.131) ; dans les entreprises agricoles, de 48 heures au plus. Code du travail, article L.138 La majoration est due au-delà.

Les équivalences

Pour certains emplois à caractère intermittent, une durée de présence plus longue équivaut à 40 heures de travail effectif : le seuil est alors déplacé. Code du travail, article L.136 L’arrêté n°1566/MEFPT-SG en fixe la liste :

Emploi Présence équivalant à 40 heures
Gardiennage, surveillance, service d’incendie 56 heures par semaine
Vente dans le commerce de gros et de détail (hors alimentaire) 42 heures
Cuisiniers des cafés, restaurants et hôtels 45 heures
Autre personnel des cafés, restaurants et hôtels 50 heures
Hôpitaux, cliniques, dispensaires 45 heures
Vente au détail de denrées alimentaires 46 heures
Salons de coiffure 50 heures
Domestiques et employés de maison 260 heures par mois pour 173 heures un tiers

Le travail de nuit

Est considéré comme travail de nuit celui effectué entre 21 heures et 5 heures (article L.141). C’est une plage horaire : une heure faite de 20 h 30 à 21 h 30 se découpe en une demi-heure de jour et une demi-heure de nuit.

Ce que vous devez faire

  • Vérifier si le poste relève d’une équivalence avant de compter les heures au-delà de 40.
  • Enregistrer les heures de début et de fin, pas seulement des totaux.

4. Les taux légaux

Jour Plage Majoration minimale
Ouvrable, de jour De la 41e à la 48e heure 10 %
Ouvrable, de jour Au-delà de la 48e heure 25 %
Ouvrable, de nuit Entre 21 h et 5 h 50 %
Non ouvrable, de jour Repos hebdomadaire, jour férié 50 %
Non ouvrable, de nuit Repos hebdomadaire, jour férié, entre 21 h et 5 h 100 %

Dans les entreprises agricoles, les majorations minimales sont de 10 % pour les heures de jour au-delà de 48 heures, 50 % pour les heures de nuit, et 50 % ou 100 % les jours de repos et fériés, de jour ou de nuit.

5. La convention collective d’abord

Les taux du Code ne s’appliquent qu’à défaut de convention collective ou d’accord d’entreprise ou d’établissement. Les conventions collectives susceptibles d’extension doivent d’ailleurs traiter des modalités et des taux des heures supplémentaires (article L.79). Les accords d’établissement adaptent la convention aux conditions de l’entreprise (article L.88).

Ordre Texte à consulter
1 L’accord d’entreprise ou d’établissement, s’il existe
2 La convention collective applicable
3 À défaut seulement, les taux du Code du travail

Des conventions retiennent des taux nettement supérieurs aux minima légaux. Appliquer 10 % là où le texte conventionnel prévoit davantage crée un rappel de salaire sur toute la période non prescrite, soit trois ans (article L.118).

6. Un calcul complet

Exemple. Pendant la semaine de fête, un opérateur de Bani Boissons (salaire horaire de 750 FCFA) travaille 44 heures en jours ouvrables, de jour, puis 2 heures de jour un jour férié. Aucun texte conventionnel ne s’applique.

Heures 41 à 44, de jour : 4 × 750 × 1,10 = 3 300 FCFA
Heures du jour férié, de jour : 2 × 750 × 1,50 = 2 250 FCFA
Total des heures supplémentaires : 3 300 + 2 250 = 5 550 FCFA

Si une convention fixait, par hypothèse, 35 % pour les heures en jours ouvrables et 100 % pour les jours fériés, le même décompte donnerait :

Heures 41 à 44 : 4 × 750 × 1,35 = 4 050 FCFA
Heures du jour férié : 2 × 750 × 2,00 = 3 000 FCFA
Total : 4 050 + 3 000 = 7 050 FCFA, soit 1 500 FCFA de plus sur une seule semaine

Le forfait

Un forfait d’heures supplémentaires n’est valable que s’il garantit au salarié au moins ce que donnerait le calcul légal. Code du travail, article L.139 Il faut donc refaire ce calcul, période par période, pour le vérifier.

Pour la méthode détaillée en quatre étapes, voir Heures supplémentaires : calcul manuel.

Ce que vous devez faire

  • Revoir le paramétrage de la paie : base, seuil, taux.
  • Comparer chaque forfait avec le calcul réel des heures.
  • Conserver les relevés d’heures pendant au moins trois ans.

Précision sur le sujet : le temps partiel

Le salaire du travailleur à temps partiel est proportionnel à celui du travailleur à temps complet de même qualification (article L.133). Son salaire horaire se calcule sur ses heures contractuelles, et non sur 173,33. Le Code ne majore que les heures effectuées au-delà de la durée légale de 40 heures.

L’essentiel en 6 points

  1. Calculer le salaire horaire sur le salaire réel global qui rémunère le travail, divisé par 173,33 pour un temps plein.
  2. Vérifier si le poste relève d’une équivalence avant d’appliquer le seuil de 40 heures.
  3. Découper les heures par rang, par plage de jour ou de nuit, et par type de jour.
  4. Appliquer d’abord les taux de l’accord ou de la convention, puis ceux du Code à défaut.
  5. Contrôler tout forfait par un calcul réel, période par période.
  6. Garder les relevés d’heures trois ans, durée de la prescription des salaires.